L’Amérique latine et les Caraïbes pâtissent des conditions météorologiques extrêmes et des effets du climat

28 mars 2025

Selon le rapport 2024 sur l’état du climat en Amérique latine et dans les Caraïbes, que vient de publier l’Organisation météorologique mondiale (OMM), la raréfaction des glaciers, les ouragans et feux de forêt records, les sécheresses écrasantes et les inondations meurtrières ont détérioré la situation socio-économique de l’Amérique latine et des Caraïbes en 2024 et causé de graves dommages, qui ont perduré longtemps après que les journaux n’en fassent plus leurs gros titres. 

Messages clés
  • Le rapport de l’OMM sur l’état du climat dans la région appelle l’attention sur la dégradation de la situation socio-économique
  • En 2024, les ouragans, les inondations, les sécheresses et les feux de forêt ont battu des records
  • Le recul des glaciers menace l’approvisionnement en eau à long terme
  • Les avancées des énergies renouvelables apportent une lueur d’espoir dans la région
  • Les alertes précoces sauvent des vies

Ce nouveau rapport de l’OMM met en évidence les répercussions de plus en plus graves des extrêmes météorologiques, climatiques et hydrologiques sur les individus, les moyens de subsistance et les chaînes d’approvisionnement alimentaire dans une région déjà touchée par la pauvreté et l’insécurité.

«En 2024, les effets du temps et du climat se sont répercutés des Andes à l’Amazonie, des villes surpeuplées aux localités côtières, provoquant des perturbations économiques et environnementales majeures. La sécheresse et la chaleur extrême ont alimenté des feux de forêt dévastateurs. Des précipitations exceptionnelles ont provoqué des inondations sans précédent, et jamais un ouragan de catégorie 5 ne s’était formé aussi tôt dans la saison», a déclaré la Secrétaire générale de l’OMM, Mme Celeste Saulo. 

L’année 2024 occupe la première ou la deuxième place des années les plus chaudes jamais enregistrées, selon le jeu de données utilisé. Les glaciers sont des victimes très visibles de la hausse des températures. Avec la disparition du glacier Humboldt, son dernier glacier, la République bolivarienne du Venezuela est devenue le deuxième pays au monde à perdre tous ses glaciers.

«Toutefois, il y a des lueurs d’espoir. Les alertes précoces et les services climatologiques des Services météorologiques et hydrologiques nationaux (SMHN) sauvent des vies et améliorent la résilience dans toute l’Amérique latine et les Caraïbes. Les travaux de la communauté de l’OMM et de l’ensemble de ses partenaires sont plus importants que jamais face aux défis à relever et aux opportunités à saisir», a poursuivi Mme Saulo.

Le rôle grandissant des énergies renouvelables, qui représentent près de 69 % du bouquet énergétique de la région, est un autre point positif de ce rapport plutôt sombre. Par rapport à 2023, l’énergie solaire et l’énergie éolienne ont connu une augmentation remarquable de 30 % en termes de capacité et de production. 

En collaboration avec des partenaires nationaux et régionaux, l’OMM renforce la capacité des SMHN de soutenir le développement et l’intégration des énergies renouvelables grâce à des prévisions du vent fondées sur l’intelligence artificielle, à des atlas solaires et éoliens et à des services climatologiques connexes.

L’édition 2024 du rapport sur l’état du climat en Amérique latine et dans les Caraïbes a été publiée lors d’une session du Conseil régional IV de l’OMM tenue en El Salvador, afin d’éclairer les décisions relatives à l’atténuation du changement climatique, à l’adaptation à ses conséquences et à la gestion des risques au niveau régional. 

Accompagné d’une présentation interactive en images et d’un tableau de bord des phénomènes extrêmes, ce rapport complète le rapport phare de l’OMM sur l’état du climat mondial, publié le 19 mars dernier. 

Le rapport sur l’état du climat en Amérique latine et dans les Caraïbes intègre les contributions de SMHN, d’organismes du système des Nations Unies, de partenaires régionaux, d’instituts universitaires et de recherche ainsi que de divers experts. 

Messages clés

Températures
 

Bar chart showing temperature trends (°C/decade) from 1901 to 2024 for Caribbean, Mexico, Central America, and South America. Notable increase after 1961, with variability between regions.
Tendances des températures pour les sous-régions des Caraïbes, du Mexique, de l’Amérique centrale et de l’Amérique du Sud. Jeux de données: Berkeley Earth, ERA5, GISTEMP, HadCRUT5, JRA-3Q et NOAAGlobalTemp v6. Les lignes verticales noires représentent les fourchettes des estimations.

En Amérique latine et dans les Caraïbes, la température moyenne en 2024 était supérieure de 0,90 °C à la moyenne de la période 1991-2020. L’année 2024 devient l’année la plus chaude jamais observée en Amérique centrale et dans les Caraïbes. De plus, selon le jeu de données utilisé, elle occupe la première ou la deuxième place des années les plus chaudes jamais enregistrées au Mexique et en Amérique du Sud. 

Sécheresse et inondations

Les régimes de précipitations ont été influencés par El Niño au cours du premier semestre de l’année.

Par exemple, l’Amazonie et le Pantanal ont souffert d’une sécheresse généralisée, avec des précipitations inférieures de 30 à 40 % à la normale. Plus tard dans l’année, à Manaus (Brésil), le fleuve Negro a atteint un niveau bas record et à Asunción (Paraguay), le fleuve Paraguay a atteint son niveau le plus bas en 60 ans. 

Les feux de forêt en Amazonie et dans le Pantanal, dans le centre du Chili, au Mexique et au Belize ont été alimentés par la sécheresse et des vagues de chaleur extrêmes. Ils ont battu des records dans de nombreux pays. Au Chili, les feux de forêt ont fait plus de 130 morts, ce qui en fait la pire catastrophe connue par le pays depuis le tremblement de terre de 2010.

Les inondations provoquées par de fortes pluies dans le Rio Grande do Sul sont devenues la pire catastrophe climatique du Brésil, causant des pertes économiques à hauteur d’environ 8,5 milliards de reais brésiliens dans le secteur agricole. Bien que la rapidité des alertes et des évacuations ait permis d’en atténuer les conséquences, ces inondations ont causé la mort de plus de 180 personnes, ce qui souligne la nécessité que les autorités et le grand public renforcent leurs connaissances des risques de catastrophe.

Glaciers

En Amérique du Sud, les glaciers sont des sources essentielles d’approvisionnement en eau pour des millions de personnes. Leur recul accéléré est donc un sujet de préoccupation.

La République bolivarienne du Venezuela a perdu son dernier glacier, le glacier Humboldt. Elle seconde ainsi la Slovénie sur la liste des pays qui ont perdu tous leurs glaciers à l’époque moderne.

Le glacier Conejeras, niché dans la Sierra Nevada (Colombie), et le glacier Martial Sud, dans le Cordon Martial, à Ushuaia (Argentine), ont été déclarés officiellement éteints en 2024.

Il ressort des données de 2024 sur 5 500 glaciers andins que les montagnes ont perdu 25 % de leur couverture glaciaire depuis la fin du XIXe siècle et que les glaciers tropicaux fondent 10 fois plus vite que la moyenne mondiale cumulée.

Niveau de la mer et cyclones tropicaux

Le réchauffement des océans et la fonte des glaciers, des calottes glaciaires et des nappes glaciaires accélèrent l’élévation du niveau de la mer, ce qui accroît la vulnérabilité des populations côtières et des nations caribéennes insulaires de faible altitude face à des aléas tels que les cyclones tropicaux.

Le passage de l’ouragan Beryl en a donné la preuve. Cet ouragan, qui a été l’ouragan le plus puissant jamais observé à la Grenade et dans ses dépendances, a dévasté l’ensemble des Caraïbes.

Impacts et risques liés au climat

Les impacts liés au climat dans la région se rapportent à des phénomènes extrêmes dangereux et à un scénario complexe d’exposition et de vulnérabilité accrues. L’épisode El Niño du premier semestre de 2024 a aggravé ces impacts.
Comme les années précédentes, ce scénario a été encore complexifié par les prix élevés et en hausse des denrées alimentaires, l’augmentation de la pauvreté, la forte inégalité de revenus et des niveaux croissants de pénurie alimentaire, d’instabilité politique et d’insécurité sanitaire et alimentaire.

La fréquence et l’intensité accrues des sécheresses, des inondations et des vagues de chaleur ainsi que l’intensité renforcée des ouragans augmentent les risques pour le secteur agricole et la sécurité alimentaire dans la région. Les pertes de récoltes et de bétail et l’interruption des chaînes d’approvisionnement ont des répercussions considérables sur la disponibilité des denrées alimentaires, sur les revenus et sur la stabilité des moyens de subsistance des populations rurales. 

Selon le rapport susmentionné, qui détaille les impacts enregistrés dans chaque pays, il est indispensable, dans ce contexte, de mettre en place des stratégies de résilience agricole, d’anticiper les mesures à prendre, de renforcer les systèmes alimentaires et de donner la priorité à l’atténuation du changement climatique.
 

Satellite view of Pico Bolívar and Pico Humboldt in Venezuela, marked with elevations; "May 2024" printed in yellow. Visible ice fields and rugged terrain.
Glacier Humboldt (mai 2024)
Observatoire de l’Administration américaine pour l’aéronautique et l’espace (NASA)

Énergies renouvelables

En 2024, la production d’énergies renouvelables a atteint près de 69 % du bouquet énergétique de la région. En effet, les énergies renouvelables telles que l’énergie solaire et l’énergie éolienne ont connu une augmentation remarquable de 30 % de leur capacité et de leur production par rapport à 2023.

L’OMM apporte un soutien à ses Membres en renforçant la capacité des SMHN de développer des produits et des services opérationnels fondés sur des données scientifiques, en collaboration avec le milieu universitaire, le secteur privé et les acteurs du secteur énergétique, dans l’objectif de promouvoir l’expansion et l’optimisation des énergies renouvelables dans la région. 

En 2024, un produit de prévision à court terme de la vitesse du vent fondé sur l’intelligence artificielle et destiné aux centrales éoliennes a été développé en collaboration avec l’Institut météorologique national du Costa Rica et l’Institut costaricien de l’électricité. 

Au Chili, un modèle d’estimation du taux d’évaporation dans les grands plans d’eau équipés de panneaux solaires flottants a été mis au point en collaboration avec la Direction météorologique du Chili, le Ministère chilien de l’énergie et l’Université Diego Portales.

Ces deux pays ont également reçu un soutien pour développer des atlas nationaux à haute résolution de l’énergie éolienne (Costa Rica) et de l’énergie solaire (Chili), au moyen de données de réanalyse, d’observations et de projections climatiques, à l’appui de la planification énergétique à long terme. 

En outre, une trousse à outils opérationnelle et modulaire sur les services climatologiques dans le domaine de l’énergie est en cours d’élaboration pour le Chili, la Colombie et l’Équateur dans le cadre du Projet de renforcement des capacités d’adaptation des communautés andines grâce aux services climatologiques (ENANDES+).

State of the Climate for Latin America and the Caribbean 2024 - English

Pour de plus amples informations, veuillez contacter :

  • Clare Nullis Attachée de presse de l’OMM cnullis@wmo.int +41 79 709 13 97
  • WMO Strategic Communication Office Media Contact media@wmo.int
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